
Inspiré, ce SACD aux trois Sonates pour violon et piano l’est
assurément. L’ouverture du programme est confiée à la Sonate sylvestre Op.48
du célèbre pianiste Jörg Demus, dédiée au violoniste du présent
enregistrement. En cinq mouvements, l’œuvre est une merveille d’éloquence et
d’expressivité. Vient ensuite la Sonate en sol mineur de Claude Debussy datant
de 1917. Cette dernière, dans tout les sens du terme est une œuvre «
douloureuse » que le compositeur français, en proie à la maladie, eut beaucoup
de mal à terminer. Cependant, comme le souligne Harry Halbreich, « Par
l’harmonieuse fusion des deux instruments, Debussy égale les réussites
miraculeuses de Mozart ou de Brahms de la Sonate en sol ». La célébrissime
Sonate en la majeur de César Franck est le chef-d’œuvre que l’on sait. Dédiée
au violoniste Eugène Ysaye, elle fut créée en 1886, trois ans avant la mort du
compositeur. Et Proust s’en fit même l’écho, semble
t-il, dans « Du côté de chez Swann » : « Cette fois, Swann avait distingué
nettement une phrase s’élevant pendant quelques instants au-dessus des ondes
sonores. Elle lui avait proposé aussitôt des voluptés particulières dont il
n’avait jamais eu l’idée avant de l’entendre, dont il sentait que rien d’autre
qu’elle ne pourrait les lui faire connaître, et il avait éprouvé pour elle
comme un amour inconnu… ». L’entente, voire l’osmose entre le piano de Jörg
Demus et le violon de Thomas Albertus Imberger est admirable de souffle et de
vie, tout au long d’un discours musical à la fois chaleureux et profond. Une
belle réussite, dans une prise de son en harmonie avec l’interprétation.
Jean-Jacques Millo